Donné pour marginalisé, l’ancien Président Joseph Kabila opère un retour au centre du jeu politique congolais. Son positionnement à la tête du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), fusion de l’AFC et du M23, le replace au cœur des équations liées à la crise dans l’Est du pays, pour trois raisons majeures.
D’accord, il officialise ce que Kinshasa dénonçait.Depuis deux ans, le Président Félix Tshisekedi accusait Joseph Kabila d’être le parrain de l’AFC-M23. En prenant la tête du FRN, l’ancien chef de l’État ne dément plus, il assume. Il transforme ainsi une accusation judiciaire en positionnement politique assumé : il ne se présente plus comme un ex-Président en exil, mais comme le chef d’une alternative à Kinshasa.
Ensuite, il dispose d’atouts militaires. Le FRN contrôle aujourd’hui un territoire vaste, avec des frontières stratégiques avec le Rwanda et l’Ouganda, l’aéroport de Goma et d’importantes zones minières. Le mouvement s’appuie sur une armée structurée autour de figures comme Sultani Makenga et Bertrand Bisimwa, et sur une administration parallèle incarnée par Corneille Nangaa. Ancien militaire lui-même, Joseph Kabila apporte à l’AFC-M23 la légitimité politique qui lui faisait défaut, au-delà de sa perception comme milice tutsie.
Enfin, il conserve des atouts politiques. Son réseau reste intact. Son ancienne coalition, le Front commun pour le Congo (FCC), qui regroupait le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) et ses alliés, contrôlait encore le Parlement, les gouvernorats et l’administration jusqu’en 2020. Il peut également compter sur des officiers issus de son régime, des opérateurs économiques du Katanga et une partie de l’Est du pays qui perçoit Félix Tshisekedi comme un Président de l’ouest.
Ainsi, son discours à la nation axé sur la « Refondation de la Nation » trouve un écho auprès de ceux qui jugent le pays ingouvernable depuis Kinshasa. Loin d’être écarté, Joseph Kabila s’impose désormais comme un acteur incontournable avec lequel toute architecture de paix durable dans l’Est devra désormais compter. Car, il devient le premier responsable du M23. Or, les discussions depuis deux ans aussi bien à Doha au Qatar ou à Lomé en passant par Washington, se font entre Kinshasa, Kigali et le M23. l’Alliance du Fleuve Congo et Joseph Kabila jusque-là étaient écartés pr Kinshasa. Aujourd’hui, la question est de savoir, comment va-t-on discuter avec le M23 sans ses responsables ?
Il convient de rappeler que, ai depuis presque un an, l’accord de paix signé à Washington entre Félix Antoine Tishekédi et Paul Kagomé sous l’égide du président Donald Trump et du négociateur en chef du de l’UA dans les Grands Lacs, Faure Essozimna Gnassingbé n’a jamais été mise en application du simple fait que, les vrais acteurs qui mènent les opérations sur le terrain ne sont pas impliqués dans l’accord.








