En séjour officiel en Chine, le Président du Conseil du Togo, Faure Essozimna Gnassingbé, a eu un entretien avec des médias d’État chinois. Afrique-news.tg vous propose l’intégralité de cet entretien. Lisez plutôt.
Le Togo œuvre activement à encourager les pays africains à préserver ensemble la sécurité maritime, à participer à la gouvernance mondiale des océans et à développer l’économie bleue. Quelles perspectives voyez-vous pour le renforcement de la coopération entre la Chine et le Togo, ainsi qu’entre la Chine et l’Afrique, dans ce domaine ?
S.E.M Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil : De façon générale, ce que j’aimerais dire, [ça vaut] pour le Togo, mais aussi [pour] les autres pays africains, c’est que nous voulons passer du statut de plateforme de transit que nous sommes essentiellement aujourd’hui vers le statut où nous sommes des acteurs économiques, technologiques et institutionnels de la gouvernance mondiale.
Mais comment le faire ? Je vais parler de trois points. Sur la sécurité, le Togo s’est engagé dans la coopération régionale dans le golfe de Guinée.
Trois raisons : d’abord, la liberté de navigation dans le golfe de Guinée, ensuite la prévention des trafics illicites, et enfin, je dirais, la protection des espaces maritimes. Je pense que pour le Togo, comme pour les autres pays africains, la Chine, compte tenu de son poids dans le commerce mondial, peut contribuer au renforcement de nos capacités et donc à la préservation de cette sécurité.
Deuxièmement, sur le plan économique, je dirais que la sécurité maritime est indissociable de la sécurité économique. Aujourd’hui, les perturbations que nous connaissons dans le monde, sur les grandes routes maritimes mondiales, ont un effet direct sur nos économies par trois canaux : d’abord le coût des transports, le prix des énergies et les chaînes d’approvisionnement. Donc ces trois questions, ces trois problèmes qui nous gênent, je pense que nous pouvons essayer de trouver des solutions. Comment ?
Je disais tout à l’heure que nous ne pouvons plus être seulement des ports de transbordement. Nous avons un port à Lomé qui est le premier port à conteneurs de l’Afrique de l’Ouest, mais aujourd’hui, l’enjeu, c’est de construire des capacités productives autour de ces ports. Ce que nous voulons, ce n’est pas d’augmenter le trafic ou bien les marchandises qui passent par notre port, mais de capter plus de valeur, créer une valeur ajoutée. Donc qu’est-ce-que cela veut dire?
Cela veut dire qu’il nous faut des zones industrielles, il nous faut des services logistiques performants, il faut que nous ayons de la main-d’œuvre qualifiée, et il faut que nous ayons des entreprises locales qui participent à ce développement-là. Je pense qu’ici, en Chine, vous avez une très grande expérience dans ce domaine d’articulation entre le port, le parc industriel, la zone industrielle et les écosystèmes productifs. Je pense que cette expérience-là, nous pouvons nous en inspirer dans le cadre de cette coopération entre votre pays et les pays africains.
Et enfin, la troisième chose, l’économie bleue. L’économie bleue suppose quand même la maîtrise des connaissances et des technologies. L’Afrique ne peut pas participer à la gouvernance mondiale si elle ne maîtrise pas certaines choses, notamment les sciences marines.
Je parle de technologies que nous devons également maîtriser, et des institutions de recherche que nous devons également avoir. Je pense que la Chine, dans le cadre de la coopération avec les pays africains, notamment avec le Togo, peut également nous aider à former plus de spécialistes, à partager plus de données également.
La Chine a proposé Xiamen comme siège du Secrétariat de l’Accord sur la diversité biologique marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale, ou Accord BBNJ selon son acronyme anglais. Selon vous, quels atouts Xiamen présente-t-elle pour accueillir ce Secrétariat, et comment cette ville pourrait-elle contribuer à une plus grande participation des pays en développement, notamment du Togo, à la gouvernance mondiale des océans ?
S.E.M Faure Essozimna Gnassingbé, Président du conseil: Je voudrais dire que cet accord, pour nous, est une chance pour les pays africains. Mais cette chance ne peut se concrétiser que si nous participons pleinement à cette gouvernance. Donc l’enjeu, ce n’est pas seulement l’endroit, mais c’est surtout ce que ce Secrétariat va faire pour les pays africains. Je pense que votre pays a de très bons atouts.
D’abord, vous avez une tradition maritime qui est parfaitement reconnue. Vous avez des infrastructures qui sont modernes ; nous avons vu tout à l’heure, dans une vidéo, le bâtiment qui pourrait ce Secrétariat. Donc les conditions sont optimales au niveau des infrastructures.
Vous avez également l’expérience de la Chine dans le respect de ses engagements internationaux en général. Aussi, vous avez des capacités de recherche importantes. Votre développement est associé aux activités portuaires, aux technologies, à la protection de l’environnement marin. Donc vous avez une très forte légitimité pour accueillir, et des atouts pour accueillir cette institution. Mais comme je l’ai dit tout à l’heure, ce qui va faire la différence, c’est comment ce Secrétariat va pouvoir aider les pays en développement à participer effectivement à cette gouvernance-là.
Nous avons la chance, je pense, avec votre pays, d’avoir un cadre de dialogue qui s’appelle le FOCAC, où, généralement, nous essayons de discuter pour trouver les accords entre les intérêts de votre pays et les intérêts africains, tout en nous respectant. Mais il se fait que dans ce domaine précis, nous avons des moyens inégaux dans les pays africains. La recherche océanographique est un problème pour certains pays. L’accès aux données océaniques est également un problème pour d’autres pays. La maîtrise des sciences marines, ce n’est pas évident pour tout le monde. Je pense que face à ces problèmes-là, votre pays a une expérience et a des atouts vis-à-vis de nos États africains pour que, si ces États venaient à participer pleinement à la gouvernance, il puisse avoir des partenariats entre les institutions de recherche de votre pays et celles des pays africains, que nous ayons des centres de recherche beaucoup plus performants, que nous ayons accès à des données, qu’il y ait un partage des données, et surtout qu’il y ait un partage équitable des avantages et des bénéfices à tirer de l’utilisation de ces ressources génétiques marines. C’est fondamental pour nous.
Le Togo, nous avons signé et ratifié cet accord. Mais l’enjeu pour nous, c’est comment participer pleinement à sa mise en œuvre. Nous avons besoin de compétences, nous avons besoin de moyens. Donc globalement, je dirais que c’est bien que les pays en voie de développement soient représentés dans les institutions internationales, mais on doit aussi avoir la possibilité, la capacité de produire des connaissances et de participer aux décisions qui en découlent, surtout quand ce sont des mécanismes internationaux.
Voilà un peu ce que je voulais dire. Donc je pense que Xiamen a de très bonnes chances. Je pense que nous nous sentiront à l’aise si le Secrétariat venait ici, pour l’accessibilité et les infrastructures, et nous sommes optimistes que les choses se déroulent bien.
Merci.