L'actualité africaine pour un monde mieux informé

Afrique News

CAMEROUN : Dîner de Albert II de Monaco chez Franck Biya, un dîner de Princes héritiers ?

A la uneActualitéPar La Redaction
CAMEROUN : Dîner de Albert II de Monaco chez Franck Biya, un dîner de Princes héritiers ?
‎La visite officielle de quarante-huit heures effectuée au Cameroun les 30 et 31 octobre par S.A.S. le Prince Albert II de Monaco aurait pu n’être qu’une séquence de coopération humanitaire et environnementale. Accueilli à sa descente d’avion par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, le Souverain a entamé son séjour par la visite du Centre d’accueil Edimar Princesse Grace à Elig-Essono, institution qu’il avait inaugurée lui-même en 2003 lorsqu’il était prince héritier, avant d’être reçu en audience solennelle par le Président Paul Biya au Palais de l’Unité. Cependant, sans aucune fonction officielle dans l’organisation politique du Cameroun, Franck Biya a eu le privilège d’accueillir à son domicile et de dîner en tête-à-tête avec le Prince Albert Il de Monaco. Un dîner qui laisse plus de questions que de réponses.
‎En effet, l’agenda, en apparence, s’inscrivait dans la continuité d’une relation historique, discrète et essentiellement philanthropique entre le Rocher et Yaoundé. C’est pourtant une séquence inscrite à 20h00 le vendredi soir, en marge du protocole officiel, qui en a fait un événement éminemment politique : un dîner privé à la résidence de Franck Biya, fils aîné du chef de l’Etat. Dans les usages diplomatiques, un chef d’Etat souverain, même à la tête d’un Etat de la taille de Monaco, ne se rend pas au domicile privé d’un particulier sans fonction officielle par simple courtoisie. La démarche relève de la diplomatie d’influence, celle qui consiste à identifier, approcher et consacrer des interlocuteurs appelés à compter durablement. Franck Biya, homme d’affaires resté longtemps en retrait de la scène publique mais dont l’influence dans les cercles économiques et les réseaux internationaux est aujourd’hui notoirement établie, n’a ni parti, ni mandat électif, ni charge au sein de l’appareil d’Etat.
‎Le fait qu’un souverain européen choisisse de s’entretenir avec lui dans un cadre intime, hors caméras et hors chancellerie, constitue donc une rupture de forme qui interroge sur le fond. Les dossiers qui justifient ce tête-à-tête sont connus. La Fondation Prince Albert II de Monaco figure parmi les acteurs les plus engagés dans la préservation de la biodiversité et la protection du Bassin du Congo, enjeu central pour le Cameroun qui en abrite une part stratégique. Par ailleurs, plusieurs sources diplomatiques évoquent des discussions de médiation économique portant sur d’importants litiges d’investissements et sur des projets touristiques de très haut de gamme impliquant des fortunes européennes. Sur ces deux tableaux, environnemental et économique, Franck Biya apparaît depuis plusieurs années comme un facilitateur discret mais efficace, doté d’un carnet d’adresses qui dépasse largement le cadre national.
‎C’est précisément là que réside la portée politique de ce dîner. En s’adressant simultanément aux institutions de la République, incarnées par Paul Biya, et à une figure d’influence sans statut officiel mais au capital relationnel considérable, le Prince Albert II applique une méthode éprouvée par la diplomatie monégasque : préparer l’avenir sans désavouer le présent. La Principauté, dont la survie économique repose sur la stabilité de ses partenariats et la sécurisation des investissements de ses ressortissants, ne parie jamais sur un seul homme. Elle prépare la continuité. Dans le contexte camerounais, marqué par l’incertitude persistante autour de la succession du Président Biya, au pouvoir depuis 1982, tout geste extérieur en direction de son entourage familial direct est immédiatement décrypté comme un signal.
‎Ainsi, loin d’une simple rencontre amicale, ce dîner privé peut dès lors être lu comme une forme de reconnaissance tacite. Reconnaissance non juridique, certes, mais symbolique et diplomatique, qui confère à Franck Biya les attributs d’un interlocuteur d’Etat. Dans un pays où la légitimité se construit autant par les réseaux intérieurs que par la validation extérieure, recevoir un souverain étranger chez soi vaut brevet de respectabilité internationale. Il place son hôte au-dessus des autres prétendants potentiels, non par un discours, mais par l’image. Il accrédite l’idée, de plus en plus répandue dans les milieux d’affaires et au sein d’une partie de l’élite administrative de Yaoundé, que la transition pourrait s’opérer non par une rupture institutionnelle, mais par une succession familiale maîtrisée, à l’image de modèles observés ailleurs sur le continent.
‎Notons qu’au-delà de la coopération bilatérale et des engagements humanitaires mis en avant par le protocole, la visite du Prince Albert II aura surtout servi à acter un basculement. Le Cameroun n’est plus seulement abordé par Monaco comme un partenaire humanitaire ; il est abordé comme un marché stratégique à sécuriser, avec un interlocuteur identifié pour l’après-Biya. Ce dîner, en apparence anodin, restera sans doute comme le moment où la Principauté a, par un geste privé à haute portée politique, contribué à installer Franck Biya dans le costume du successeur possible.

La Redaction

Publié sur Afrique News

Articles récents - A la une

A lire aussi