Faire circuler l’argent plus vite et moins cher entre l’Afrique et la Chine. C’est l’ambition du groupe Ecobank qui a signé le 10 octobre 2026 à Pékin un protocole d’accord avec le système chinois de paiements interbancaires transfrontaliers ( CIPS).
En effet, dans un entretien accordé à nos confrères de TogoFirst, Estelle Fafa Akue-Komlan, directrice générale d’Ecobank Togo, détaille les enjeux de ce partenariat pour les importateurs africains. Aujourd’hui, explique-t-elle, un paiement vers la Chine reste complexe. Un importateur togolais doit généralement passer par une ou deux devises intermédiaires et plusieurs banques correspondantes. Conséquence : délais rallongés et coûts renchéris. L’objectif d’Ecobank est de permettre un paiement direct en renminbi, la monnaie chinoise.
Ainsi, l’enjeu est considérable : plus de 225 milliards de dollars de marchandises chinoises ont été importés par les pays africains en 2025, alors que Pékin a accordé une exonération de droits de douane aux exportations des 53 pays africains avec lesquels il entretient des relations diplomatiques.
Trois leviers d’économies
Selon la DG d’Ecobank Togo, les gains attendus reposent sur trois leviers. D’abord le change : passer d’une double conversion FCFA-dollar puis dollar-renminbi à une conversion directe. Ensuite la réduction du nombre de banques correspondantes et de leurs commissions. Enfin le délai : une transaction qui prend aujourd’hui deux à trois jours pourrait être exécutée dans la journée, permettant au fournisseur chinois d’engager plus rapidement l’expédition.
Le projet reste à l’étape du protocole d’accord. Son déploiement se fera par vagues dans les 34 marchés du groupe, en fonction de la demande en renminbi et de la capacité technique des filiales. Une nuance importante par rapport au dispositif existant : depuis mars 2026, la filiale guinéenne dispose d’un accès indirect à CIPS via Bank of China. Le nouvel accord vise un accès direct, sans intermédiaire, complétant les solutions de financement en monnaie chinoise déjà lancées avec Bank of China Mauritius depuis décembre 2025.
Les PME au coeur de la stratégie
Contrairement à une idée reçue, le service ne sera pas réservé aux grandes entreprises. « Il n’y aura pas d’exclusion », insiste Estelle Komlan. Les PME, qui représentent une part majeure du commerce avec la Chine, sont particulièrement ciblées. La dirigeante rappelle le partenariat avec le secrétariat de la Zlecaf en faveur des PME, des femmes et des jeunes.
Au-delà du paiement, l’accès aux données de flux permettra à la banque de mieux financer les PME. En observant la régularité des importations, Ecobank pourra proposer des crédits de trésorerie et des instruments de sécurisation des transactions.
Interrogée sur les risques réglementaires, la DG se veut rassurante : la connexion à CIPS ne vise pas à contourner le contrôle des changes de la BCEAO ni les règles de lutte contre le blanchiment. L’objectif est de simplifier le parcours client, via agence ou plateforme Omni, tout en maintenant la traçabilité. « La fluidité des paiements ne doit jamais se faire au détriment de leur traçabilité », martèle-t-elle.
Ambition de 3 milliards de dollars et ancrage togolais
Pour Ecobank, l’opération est aussi stratégique. Le groupe a annoncé une ambition de financer le commerce à hauteur de 3 milliards de dollars sur trois ans. CIPS doit lui donner un avantage concurrentiel pour capter davantage de flux.
Le Togo, avec le port de Lomé, est présenté comme un levier régional. Même si une grande partie de l’activité portuaire repose sur le transbordement vers le Burkina Faso, le Mali ou le Niger, Ecobank entend capitaliser sur son réseau panafricain pour suivre les flux au-delà des frontières.
Sur la filiale togolaise, qu’elle dirige depuis avril 2025, Estelle Komlan affiche une croissance des résultats, des actifs et des crédits en 2026, rappelant les distinctions de meilleure banque du Togo obtenues en 2025 et 2026 par The Banker. Elle revendique la meilleure efficience et la digitalisation la plus avancée, malgré un total de bilan inférieur à certains concurrents.
La banque assume un virage vers les petits acteurs, longtemps délaissés. Le programme Ellever dédié à l’entrepreneuriat féminin a déjà mobilisé plus de 9,5 milliards FCFA au profit de plus de 500 entreprises en moins d’un an, avec près de 1 800 entités dans la communauté et un ticket moyen passé de 2 à 18 millions FCFA.
Une transformation qui, reconnaît-elle, doit encore se traduire par une meilleure qualité de service, point d’interpellation récurrent des clients.








