Une nouvelle page de l’histoire maritime marocaine s’ouvre. Le Maroc avec un investissement cumulé de 62 milliards de dirhams, engage une nouvelle phase de sa stratégie portuaire. L’objectif est clair, porter la capacité de Tanger Med à 20 millions de conteneurs et faire de Nador West Med un hub énergétique et industriel majeur de la Méditerranée et se projeter dans le top 10 mondial.
En effet, fort du succès de Tanger Med, devenu en moins de deux décennies le premier port à conteneurs d’Afrique et de la Méditerranée, le Maroc engage une offensive d’envergure pour consolider son statut de puissance logistique mondiale. Cette stratégie repose sur deux chantiers structurants : l’extension Tanger Med 3 et la mise en service imminente du complexe Nador West Med.
Une vision qui s’inscrit dans la droite ligne de la Vision Stratégique portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, qui a érigé les grandes infrastructures en levier central de la souveraineté et de la transformation économique du Royaume.
Tanger Med 3 : le pari des 20 millions de conteneurs
Dotée d’une enveloppe de 8 milliards de dirhams, l’extension Tanger Med 3 va permettre au complexe de changer de dimension. Le projet s’articule autour de deux terminaux à conteneurs de dernière génération :
Le Terminal TC5, concédé à l’armateur mondial Maersk-APM Terminals, est une infrastructure lourde comprenant 3.000 mètres linéaires de digues et 1.200 mètres de quais. Sa capacité nominale est de 4,5 millions d’EVP (Équivalent Vingt Pieds).
Le Terminal TC6, développé au sein de Tanger Med 2, ajoutera une capacité complémentaire de 1,6 million d’EVP. A terme, le complexe portuaire Tanger Med affichera une capacité totale prévisionnelle de 20 millions de conteneurs, une performance qui devrait lui permettre d’intégrer le Top 10 mondial des ports à conteneurs, devançant plusieurs hubs historiques européens et asiatiques.
Nador West Med : 54 milliards pour un hub polyvalent
Si Tanger Med incarne la puissance conteneur, Nador West Med incarne la diversification. Présenté comme le plus grand projet portuaire en cours en Méditerranée, il mobilise un investissement global de 54 milliards de dirhams, réparti entre 17 milliards d’investissement public pour les infrastructures portuaires, 23 milliards d’investissement privé et 14 milliards pour les infrastructures de connectivité.
Ainsi, implanté sur un bassin nautique de 260 hectares, le port a été pensé comme un complexe industrialo-portuaire intégré :
Sur le volet conteneurs, le complexe offrira une capacité de 5,3 millions d’EVP, répartie entre un Terminal Est (1.520 m de quai, 3,5 millions d’EVP) concédé au groupement Marsa Maroc – MSC, et un Terminal Ouest (900 m de quai, 1,8 million d’EVP) concédé à Marsa Maroc – CMA CGM. Leur mise en service est annoncée pour avril 2027.
Sur le volet énergétique, Nador West Med se positionne comme un hub stratégique : un terminal hydrocarbures de 25 millions de tonnes (3 quais de 125 m), une zone de stockage de 170 Ha pour un potentiel de 4 millions de m³ dont 82 Ha déjà aménagés, un terminal GNL de 5 milliards de m³ avec un tirant d’eau de 20 mètres, et un terminal vraquier de 7 millions de tonnes.
Sur le volet industriel, le port comprendra un terminal de marchandises diverses de 3 millions de tonnes sur 25 Ha et un terminal roulier d’une capacité de 400.000 véhicules, dont la mise en service est prévue en septembre 2026.
Le complexe sera relié à l’hinterland par une voie ferrée de 49 km entre Selouane et Nador West Med et une autoroute de 105 km entre Guercif et Nador West Med.
Un impact majeur sur l’emploi et la géopolitique des chaînes de valeur
Au-delà des infrastructures, l’enjeu est socio-économique. Selon les projections, Nador West Med devrait créer 14.000 emplois directs et 20.000 indirects à l’horizon 2029-2030*, pour atteindre 50.000 emplois directs et 90.000 indirects à l’horizon 2035-2036.
En combinant Tanger Med, Nador West Med et le futur port Dakhla Atlantique, le Maroc ne construit pas simplement des ports. Il bâtit un système portuaire national intégré, capable de capter les flux mondiaux, de sécuriser les approvisionnements de l’Europe et de transformer sa façade maritime en un véritable levier de puissance économique et diplomatique.
Une démonstration que, avec une planification sur le long terme, un pays du Sud peut s’imposer au cœur des routes les plus stratégiques du commerce mondial.







