Le Maroc vient de tourner une page majeure de son histoire politique. Vendredi 16 octobre 2026, au Palais Royal de Rabat, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a nommé les 32 membres du nouveau gouvernement conduit par Fatima Ezzahra El Mansouri, première femme à occuper le poste de Cheffe du gouvernement dans l’histoire du Royaume. Une nomination à forte charge symbolique qui clôt un mois d’intenses tractations politiques et ouvre un mandat sous haute tension sociale.
En effet, ce nouveau gouvernement fait suite aux élections législatives du 23 septembre 2026. Scrutin marqué par un séisme politique. Le Parti Authenticité et Modernité (PAM), fondé en 2008, s’est imposé avec 97 sièges sur 395, devant le RNI sortant d’Aziz Akhannouch qui chute à 66 sièges. L’Istiqlal conserve 65 sièges. Conformément à l’article 47 de la Constitution, le Roi a nommé le 29 septembre Fatima Ezzahra El Mansouri, ancienne maire de Marrakech, à la tête de l’exécutif. Le 12 octobre, une nouvelle majorité à quatre a été officialisée : le PAM s’allie à l’Istiqlal, à l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) et au Parti du Progrès et du Socialisme (PPS). Une coalition ressuscitant l’esprit de la Koutla historique, avec 207 sièges. La composition du nouveau gouvernement dévoilée, incarne un dosage entre renouveau et continuité, avec le maintien de Abdelouafi Laftit à l’Intérieur et Nasser Bourita aux Affaires étrangères, et l’arrivée très remarquée de Fouzi Lekjaa à un super-ministère de l’Économie et des Finances.
Un mandat sous le signe de l’urgence sociale et de la souveraineté
Au-delà du symbole, le nouvel exécutif est attendu sur des résultats tangibles et devra d’abord répondre à l’urgence sociale. Avec une inflation qui a érodé le pouvoir d’achat et un chômage des jeunes qui reste supérieur à 25%, la question de l’emploi et de la protection sociale est explosive. La coalition a promis des profils de compétence et d’intégrité, elle devra désormais traduire cette promesse en une revalorisation des salaires, en une généralisation effective de l’assurance maladie et en des passerelles concrètes entre formation et emploi.
Le deuxième défi structurel du gouvernement de Madame Fatima Ezzahra El Mansouri, est celui de l’Etat social, en particulier l’éducation et la santé. Les chantiers de refonte de l’école publique et de mise à niveau du système de soins, lancés sous le précédent mandat, restent largement inachevés et cristallisent la colère des familles. C’est sur ce terrain que se jouera la crédibilité du gouvernement.
Sur le plan de la souveraineté, le stress hydrique s’impose comme l’urgence absolue. Confronté à une sixième année de sécheresse consécutive, le Royaume doit sécuriser son eau potable et son agriculture, deux piliers de sa stabilité. La gestion des barrages, le dessalement et la reconversion agricole seront au cœur de l’action du ministère de l’Eau et de l’Agriculture.
Cette souveraineté devra aussi être économique. Le Maroc doit accélérer son industrialisation, attirer les investissements étrangers grâce à la nouvelle Charte de l’investissement, développer ses énergies renouvelables et réussir le pari infrastructurel de la Coupe du Monde 2030. C’est la mission confiée à Fouzi Lekjaa, dont le profil technocrate est censé rassurer les marchés.
Le plus grand défi du gouvernement El Mansouri sera peut-être politique. Avec une abstention massive aux dernières législatives, il devra restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions et prouver qu’une action gouvernementale sérieuse et responsable, comme l’a exigé le Souverain, est possible. Le 16 octobre 2026 restera comme la date d’une première historique. Les prochains mois diront si elle sera aussi celle d’une rupture dans la gouvernance.


Voici la composition du nouveau gouvernement
-Mme Fatima Ezzahra El Mansouri : Cheffe du gouvernement.
-M. Abdelouafi Laftit : Ministre l’Intérieur.
-M. Nasser Bourita : Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger.
-M. Abdellatif Ouahbi : Ministre de la Justice.
-M. Ahmed Toufiq : Ministre des Habous et des Affaires Islamiques.
-M. Hassan Tariq : Secrétaire général du gouvernement.
-M. Fouzi Lekjaa : Ministre de l’Economie, des Finances et de la Performance publique.
-M. Nizar Baraka : Ministre de l’Equipement, de l’Eau et des Forêts.
-M. Nabil Benabdallah : Ministre de l’Education Nationale, du Préscolaire, de la Formation professionnelle et de la Qualification.
-M. Youns Bjijou : Ministre de la Santé et de la Protection Sociale.
-M. Khalid Hatimy : Ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime et de la Souveraineté alimentaire.
-M. Ryad Mezzour : Ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Inclusion économique.
-M. Mohamed Mehdi Bensaid : Ministre de la Jeunesse, de la Culture et des Sports.
-M. Azzeddine El Midaoui : Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation.
-M. Abdessamad Kayouh : Ministre du Transport et de la Logistique.
-Mme Charafat Afailal : Ministre de l’Energie, des Mines et du Développement durable.
-M. Abderrahim Chahid : Ministre de l’Emploi et du Dialogue social.
-M. Samir Belfkih : Ministre de l’Aménagement du Territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la Ville, Porte-Parole du gouvernement.
-M. Ahmed Rahhou: Ministre de l’Intelligence artificielle, de la Transformation Numérique et de la Réforme de l’Administration.
-M. Jalal Charaf : Ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Economie solidaire.
-Mme Najwa Koukouss : Ministre de la Famille, du Développement social et de l’Égalité.
-M. Abdeltif Loudyi : Ministre délégué auprès de la Cheffe du gouvernement, chargé de l’Administration de la Défense nationale.
-Mme Kouloub Faitah: Ministre déléguée auprès de la Cheffe du gouvernement, chargée des Relations avec le Parlement et la Société civile.
-M. Omar Hejira: Ministre délégué auprès du Ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Inclusion économique, chargé du Commerce extérieur.
-M. Ahmed Mehdi Mezouari: Ministre délégué auprès du Ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime et de la Souveraineté alimentaire, chargé de la Pêche maritime.
-M. Kamal Hachoumi: Ministre délégué auprès du Ministre de l’Education Nationale, du Préscolaire, de la Formation professionnelle et de la Qualification, chargé du Préscolaire et de la Lutte contre la Déperdition scolaire.
-M. Madiha Khayr: Ministre déléguée auprès du Ministre de l’Education Nationale, du Préscolaire, de la Formation professionnelle et de la Qualification, chargée de la Formation professionnelle et de la Qualification.
-Mme Fatima Saadi: Ministre déléguée auprès du Ministre de l’Aménagement du Territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la Ville, chargée de l’Habitat et de la Politique de la Ville.
-M. Salah-Eddine Abkari: Ministre délégué auprès du Ministre de la Jeunesse, de la Culture et des Sports, chargé de la Jeunesse.
-M. Rachid Hamouni: Ministre délégué auprès de la Ministre de la Famille, du Développement social et de l’Egalité, chargé de l’Inclusion sociale.
-Mme Aïcha Guellaa: Ministre déléguée auprès du Ministre de l’Intelligence artificielle, de la Transformation Numérique et de la Réforme de l’Administration, chargée de la Réforme de l’Administration.
-M. Abdeljabbar Errachidi: Ministre délégué auprès du Ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Economie solidaire, chargé de l’Artisanat et de l’Economie solidaire.
Il convient de rappeller qu’à l’occasion de cette cérémonie, les membres du gouvernement nouvellement nommés ont prêté serment devant le Souverain, Sa Majesté le Roi Mohammed VI avant leur prise de fonction officielle.








