Le président russe Vladimir Poutine a livré une charge virulente contre la politique économique de l’Occident en Afrique, en reprenant à son compte les idées anti-impérialistes de l’ancien chef d’État burkinabè Thomas Sankara.
En effet, s’inscrivant dans la lignée des décisions du Sommet Russie-Afrique, le maître du Kremlin a présenté la dette extérieure comme un outil contemporain d’asservissement et de spoliation des richesses du continent.
Pour Moscou, ce dispositif, hérité de l’ère coloniale, place les pays africains sous une tutelle monétaire asphyxiante, au seul bénéfice des puissances occidentales. Un engrenage qui, au lieu de favoriser l’essor, condamne les États à des remboursements interminables et les dépossède de leur autonomie économique.
Pour étayer sa charge diplomatique, Vladimir Poutine a cité expressément le discours historique prononcé par Thomas Sankara en juillet 1987 à Addis-Abeba. Il a repris la formule choc du leader burkinabè, qui décrivait la dette comme une « reconquête habilement orchestrée » par les anciennes métropoles devenues des « assassins techniques ».
Ce clin d’œil historique est loin d’être fortuit. En exhumant la figure de Sankara, symbole de la résistance anti-impérialiste assassiné quelques mois après ce plaidoyer, Poutine tente de s’inscrire dans une continuité de lutte et de capter l’attention d’une jeunesse africaine de plus en plus acquise aux discours souverainistes.
À l’opposé de ce qu’il dénonce comme un modèle néocolonial, le président russe a valorisé les démarches de Moscou, en particulier l’effacement d’une partie de la dette africaine, en défendant l’idée d’une Afrique érigée en pilier souverain d’un nouvel ordre mondial multipolaire.
Pour le chef du Kremlin, l’Afrique ne doit plus être réduite à un simple champ d’influence ou à un gisement de matières premières, mais doit être reconnue comme un protagoniste de plein droit, un partenaire d’égal à égal dans l’édification d’un monde libéré de l’hégémonie occidentale.
Cette prise de parole survient au moment où la Russie cherche à affermir sa présence sur le continent, dans un contexte de rivalité exacerbée avec la Chine, les États-Unis et l’Europe. En agitant l’étendard de Sankara, Moscou ambitionne de se présenter comme le défenseur des peuples africains en quête de dignité, d’équité économique et de souveraineté reconquise.
Reste à voir si ce discours anti-dette se concrétisera par des actes tangibles et pérennes, ou s’il ne demeurera qu’un levier diplomatique dans la guerre d’influence qui se joue en Afrique.








