Au Togo, L’Alliance Nationale des Consommateurs et de l’Environnement (ANCE-TOGO) avec le soutien de GIABA, a organisé jeudi 8 mai 2025 à Lomé, un atelier de renforcement des capacités des journalistes sur le recouvrement des avoirs illicites et la lutte contre les flux financiers illicites. À l’occasion, un plaidoyer pour la création au Togo d’une agence de recouvrement des créances a été lancé.
En effet, estimés à environ l’ensemble de l’aide publique au développement, les flux financiers illicites en Afrique sont considérés comme le principal obstacle au décollage économique et au développement des pays en développement en général et d’Afrique en particulier. Lors de cet atelier de renforcement des capacités des journalistes sur l’épineuse question de recouvrement des avoirs illicites, Ebeh Kodjo Fabrice, président de ANCE-TOGO et conférencier, a indiqué dans sa communication sur le thème : « Impacts des flux financiers illicites sur le développement en Afrique», que le continent africain a perdu au cours des 50 dernières années, plus de 1000 milliards de dollars en flux financiers illicites. Soit environ l’équivalent de l’ensemble de l’aide publique au développement que le continent a reçu sur cette même période.


Par ailleurs, selon le conférencier, on estime que l’Afrique perd plus de 50 milliards de dollars par an du simple fait des flux financiers illicites. C’est ainsi que, entre 2001 et 2010, les pays africains ont perdu 407 milliards de dollars. Ceci, à cause de la falsification des prix dans les transactions commerciales selon le rapport CEA, 2010. Aussi, ressort-il d’après le rapport CNUCED, 2020, que la majeure partie des pays où les Flux Financiers Illicites (FFI) sont élevés, dépensent en moyenne 25 % de moins pour la santé et 58 % de moins pour l’éducation, que les pays où les FFI sont faibles
La deuxième communication lors de cet atelier a eu comme thème : « Cadre juridique des flux financiers illicites au Togo ». Cette communication a permis à la Directrice Exécutive de ANCE-TOGO, Madame Djodji Precillia de faire le tour d’horizon entre autre des instruments juridiques et du cadre institutionnel en matière de lutte contre les FFI aussi bien au plan national, régional qu’international. Il s’agit notamment au plan international : de la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée (New York, 15 Novembre 2000) et ses protocoles additionnels ; de la Convention des Nations Unies contre la corruption (Merida, 9 décembre 2003) ; de la Convention des Nations Unies contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes (Vienne 1988) ; de la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption (Convention de Maputo, 2003). Au plan régional, elle est revenue sur : La loi uniforme relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive dans les états membres de l’union monétaire ouest africaine (UMOA) (31 mars 2023).

Au Plan national, la conférencière est revenue sur : la Loi n°2021 du 7 octobre 2021 portant organisation et fonctionnement de la Cour des comptes et des cours régionales des comptes ; Loi N° 2015-010 du 24 novembre 2015 portant nouveau code penal modifiée par la loi n° 2016-027 du 11 octobre 2016 ; Loi organique n° 2020-003 du 24 janvier 2020 fixant les conditions de déclaration de biens et avoirs des hautes personnalités, des hauts fonctionnaires et autres agents publics ; Loi uniforme n°2018-004 du 4 mai 2018 relative à la lutte contre le blanchissement de capitaux et le financement du terrorisme dans les États membres de l’UMOA. Outre ces textes et instruments juridiques, pour lutter efficacement contre les Flux Financiers Illicites (FFI) au Togo, le gouvernement a mis en place et opérationnalisé plusieurs institutions parmi lesquels la CENTIF-TOGO.
Faire des journalistes des acteurs du plaidoyer
Au cours de cet atelier sur la thématique liée aux flux financiers Illicites et recouvrement des avoirs illicites, il sort que malgré les efforts et la volonté du gouvernement togolais à lutter contre ce fléau, le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), dans le rapport d’évaluation mutuelle du Togo, a recommandé aux autorités togolaises, l’adoption de l’avant-projet de loi portant création de l’organe de recouvrement des avoirs au Togo et son opérationnalisation. Car, pour GIABA, les criminels continueront à prospérer et à être enthousiastes tant qu’ils pourront conserver les avoirs acquis dans le cadre de leurs activités criminelles.

Ainsi, l’objectif principal de cet atelier à l’intention des journalistes sur les flux financiers illicites et le recouvrement des avoirs illicites au Togo, est de permettre aux professionnels des médias d’appuyer les actions de plaidoyer en faveur de l’adoption de l’avant-projet de loi portant création de l’organe de recouvrement des avoirs au Togo et son opérationnalisation.
Pour rappel, une quinzaine de journalistes intéressées par les questions de bonne gouvernance, de transparence financière, de lutte contre les Flux Financiers Illicites (FFI) et de l’investigation ont activement pris part à cette rencontre.

