(@ Afrique news) – Pendant deux jours, la capitale togolaise Lomé devient la capitale du journalisme agricole. Des journalistes venus de quatorze pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel se sont réunis pour réfléchir à un enjeu central : comment l’intelligence artificielle peut transformer l’information agricole et, par ricochet, la sécurité alimentaire du continent.
En effet, organisé par le Réseau des journalistes pour la promotion des produits agro-sylvo-pastoraux et halieutiques en Afrique de l’Ouest et au Sahel (ReJPAH-AOS), en collaboration avec la Fédération internationale des journalistes agricoles (IFAJ), l’ouverture des travaux a été marquée par deux prises de parole fortes. D’abord celle du président du Réseau des Journalistes pour la Promotion des Produits Agro-Sylvo-Pastoraux et Halieutiques en Afrique de l’Ouest et au Sahel, (ReJPAH-AOS), Essonana Gilles Podjoley, et ensuite celle du représentant des plus hautes autorités togolaises, notamment du ministère de la communication et des médias, Antoine Afanou. Dans son discours, le président du ReJPAH-AOS a d’abord exprimé sa gratitude aux autorités togolaises, aux partenaires techniques et financiers et à toutes les institutions qui soutiennent l’initiative. Pour lui, cette rencontre dépasse le cadre d’un simple rendez-vous professionnel. « Aucune révolution agricole durable ne peut s’accomplir sans une révolution de l’information », a-t-il martelé.
Il a rappelé que le journaliste agricole n’est plus un simple relais. Au XXIᵉ siècle, il est devenu médiateur du savoir, vulgarisateur scientifique, éclaireur des politiques publiques et veilleur de la sécurité alimentaire. S’appuyant sur Cheikh Anta Diop, il a insisté : « le développement d’un peuple commence par la maîtrise de son savoir ». Une maîtrise qui n’a d’impact que si l’information devient accessible à tous. C’est toute l’ambition du ReJPAH-AOS : rapprocher chercheurs et producteurs, innovations et exploitations familiales, politiques publiques et citoyens, marchés et producteurs.
Le réseau veut bâtir un espace médiatique régional crédible autour de l’agriculture, de l’élevage, des forêts, de la pêche, de la nutrition, du climat et du commerce agricole. Cette vision repose sur cinq piliers : renforcer les capacités des journalistes, promouvoir une information scientifique et accessible, accompagner les politiques de souveraineté alimentaire, valoriser les innovations africaines et les savoirs endogènes, et créer une coopération régionale entre médias, chercheurs et décideurs. Citant Thomas Sankara et un proverbe africain, il a appelé à faire de la plume un « semoir d’espérance » et du micro un outil de transformation.


De son côté, le représentant du gouvernement togolais a souhaité la bienvenue aux participants et salué le choix de Lomé. Il a souligné que les défis agricoles dépassent les frontières et appellent des réponses régionales. Le thème de l’atelier tombe à point nommé.
Évoquant les 307 millions de personnes sous-alimentées en Afrique en 2024 selon l’ONU, il a montré en quoi l’IA peut cesser d’être abstraite : quand un agriculteur reçoit plus vite une alerte météo, détecte plus tôt une maladie ou optimise l’eau et les intrants, la technologie devient un levier concret pour les conditions de vie et la sécurité alimentaire. La FAO confirme ce potentiel pour la précision des pratiques, la logistique et la résilience des systèmes agroalimentaires.
Mais la mise en garde est claire : l’IA ne remplacera ni l’agriculteur ni le journaliste. « La véritable question est de savoir comment vous l’utilisez, avec quelles règles, quelles vérifications et quelle conscience de votre responsabilité professionnelle », a-t-il insisté. Une information générée par une machine doit être confrontée aux faits et au contexte, d’autant plus en agriculture où une erreur peut être dévastatrice.
Il a donc appelé à une montée en compétences : savoir interroger les données, comprendre les technologies, identifier leurs biais et expliquer leurs implications. La mission du journaliste n’est pas de devenir ingénieur, mais de rester le passeur entre la technologie, les décideurs, les investisseurs, les producteurs et les citoyens.
L’Afrique, a-t-il conclu, ne peut pas se contenter d’être spectatrice. Elle doit produire ses données, ses compétences, ses solutions et ses récits. Il a souhaité que ces deux journées donnent lieu à plus de reportages de terrain, plus d’enquêtes sur les innovations et plus de coopération entre journalistes de la région.
Avant de déclarer ouverts les travaux de l’atelier régional sur « L’information agricole à l’heure de l’intelligence artificielle », il a réaffirmé l’engagement du Togo à soutenir une presse agricole rigoureuse, indépendante et tournée vers les solutions.
L’ambition est désormais d’adopter une feuille de route ambitieuse et de renforcer la collaboration entre gouvernements, institutions régionales, universités, organisations paysannes et secteur privé. L’objectif : faire de l’information agricole un bien public stratégique pour une agriculture moderne, inclusive et durable. Car comme l’a rappelé le ReJPAH-AOS, « l’Afrique n’a pas besoin d’être le continent des potentialités éternelles. Elle doit devenir le continent des réalisations concrètes ».

