En 2024, la question coloniale appliquée à l’éducation sembler anachronique. Pourtant, l’école camerounaise, comme dans beaucoup de pays africains, continue de reproduire une aliénation profonde. Présentée comme outil de libération, elle a souvent échoué à autonomiser intellectuellement ses apprenants, lesquels peinent à distinguer entre leurs propres valeurs et les canons universalistes porteurs d’une domination subtile. Dans ce résumé de l’extrait du livre, « Ce J’ai vu » de l’honorable Cabral Libii Li Ngué, nous vous présentons les propositions de l’honorable.
Une colonisation des esprits par l’école
La colonisation n’a pas seulement exploité nos ressources, elle a également assujetti nos consciences. Par l’enseignement, le Camerounais a été arraché à sa mémoire collective, mutilé culturellement et formé à imiter plutôt qu’à innover. Cette dynamique a produit deux types de personnalités :

L’imitateur servile, incapable d’initiative authentique.
Le révolté désorienté, qui rejette tout ce qui vient de l’Occident mais sans vision constructive.
Or, ce n’est ni le repli identitaire ni l’imitation aveugle qui sauveront notre système éducatif, mais une affirmation éclairée de notre richesse intellectuelle et culturelle, à partager avec le monde.
L’illusion des bourses et l’échec de l’université postcoloniale
La perpétuation des bourses vers l’Occident est une forme de néocolonialisme. Si l’Occident avait réellement souhaité l’émancipation intellectuelle de l’Afrique, les universités y auraient fleuri bien avant les indépendances. Or, les universités africaines créées après 1960 – comme celle de Yaoundé en 1962 – visaient avant tout à former des cadres pour les États nouvellement indépendants, selon les prescriptions de la Loi-cadre Defferre.
Un système de diplômes déconnecté de la réalité
L’éducation camerounaise forme des diplômés déconnectés du tissu économique. Le système valorise excessivement les études générales, reléguant les formations techniques aux « moins brillants. Résultat : des milliers de diplômés sans emploi, incapables d’intégrer un secteur productif qu’ils ne maîtrisent pas. Comme l’a si bien noté l’universitaire tchadien Timothée Ngakoutou, la promesse d’une insertion par le diplôme s’est transformée en certitude de chômage.
L’impasse du système Licence-Master-Doctorat (LMD)
Le système LMD, importé sans adaptation, a accentué la marchandisation du savoir. Les formations dites professionnelles, majoritairement concédées aux institutions privées, sont onéreuses, peu régulées et souvent déconnectées des réalités du marché de l’emploi. Cela démontre le manque de vision stratégique de l’État.
Des lois inadaptées et des réformes inachevées
Malgré les États généraux de l’éducation de 1995 et les nombreuses tentatives de réforme (notamment en 2006), l’enseignement secondaire est resté figé, avec un système de certifications incohérent et une dualité anglophone/francophone qui perpétue les divisions coloniales. La Loi d’orientation de 1998 reste encore en vigueur, et celle adoptée en 2023 est jugée inadaptée.
Repenser l’éducation dès le berceau
La véritable décolonisation de l’éducation commence dès le préscolaire. Il faut repenser la socialisation des enfants dès le plus jeune âge (3 à 6 ans) en langues locales, dans des crèches et centres de base gérés par les Régions culturelles autonomes (RCA).
L’apprentissage du français et de l’anglais ne devrait intervenir qu’au primaire, après une solide base identitaire et culturelle.
Une nouvelle ère éducative
Le Cameroun ne pourra pas entrer dans l’ère de l’innovation sans briser les chaînes mentales issues de l’éducation coloniale. Il est urgent de repenser l’école comme un levier de dignité, de créativité, d’indépendance et de développement industriel. La refondation doit commencer maintenant, dans les crèches, les lycées, les universités, et surtout, dans les mentalités.
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