(@ Afrique news ) – Invité au 26è sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai élargie, OCS+, le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a plaidé ce lundi pour une refonte profonde de la gouvernance mondiale. Face aux dirigeants des plus grandes puissances eurasiennes et aux représentants des pays invités, il a porté une parole africaine : celle d’un continent qui revendique de passer du statut d’observateur à celui d’acteur de la recomposition de l’ordre international.
En effet, devant un auditoire réunissant les Présidents Xi Jinping, Vladimir Poutine, les Premiers ministres Narendra Modi et Shehbaz Sharif, ainsi que les chefs d’État d’Asie centrale, d’Iran, d’Égypte, de Turquie et d’Asie du Sud-Est, le dirigeant togolais a d’abord dressé un constat lucide. « Le monde change, de nouveaux centres de puissance émergent, de nouveaux équilibres économiques se dessinent, de nouvelles voix veulent être entendues », a-t-il affirmé.
Pour Faure Gnassingbé, président du Conseil du Togo, cette multipolarité naissante ne doit pas être idéalisée. Elle ne doit pas non plus se traduire par de nouvelles lignes de fracture. « La multipolarité doit nous donner davantage de choix et non créer de nouvelles divisions. Pour l’Afrique, l’émergence de nouveaux partenaires est une opportunité. Elle nous permet de diversifier nos relations, de réduire certaines dépendances et surtout de mieux choisir nos partenariats en fonction de nos propres priorités. Mais soyons lucides, davantage de pôles de puissance ne signifie pas automatiquement davantage de justice. La multipolarité peut aussi produire plus de rivalités, de fragmentation et de rapports de force », a-t-il averti.
C’est pourquoi le Président du Conseil lie étroitement multipolarité et multilatéralisme. Selon lui, la multiplication des centres de décision doit s’accompagner de règles communes qui garantissent à chaque État la liberté de faire ses propres choix. Il a mis en garde contre la tentation de reconstituer des blocs antagonistes et appelé à préserver un cadre multilatéral crédible.
Ce cadre, pour le Président togolais, passe d’abord par la réforme des Nations Unies. « Les Nations Unies restent indispensables, mais elles doivent profondément évoluer dans un monde plus multipolaire. Nous avons besoin davantage de multilatéralisme et non de moins. L’ONU reste notre seul espace véritablement universel. Mais nous devons aussi regarder objectivement ses limites. Lorsque les grandes puissances s’opposent, nos institutions sont trop souvent paralysées. Lorsque les mêmes règles semblent appliquées différemment selon les crises, leur légitimité s’affaiblit », a-t-il souligné.
Au cœur de cette réforme, la question de la représentation africaine. « Lorsque l’Afrique reste insuffisamment représentée, nous ne pouvons pas parler d’un ordre mondial pleinement juste », a martelé Faure Gnassingbé. Il a plaidé pour une ONU transformée, y compris dans la composition de ses organes de direction, et pour une meilleure articulation entre l’Organisation des Nations Unies, l’Union africaine, l’OCS et les autres organisations régionales.
Le dirigeant togolais a ensuite élargi sa réflexion au volet économique. Pour lui, la justice internationale ne se mesure pas uniquement à l’aune de la représentation politique. Elle doit aussi se traduire par la capacité des pays du Sud à financer leur développement et à créer de la valeur sur leur sol. « Un ordre mondial plus juste doit donner au Sud une véritable capacité de choix. Être mieux représenté ne suffira pas. Nos pays doivent aussi pouvoir financer leur développement, transformer leurs ressources et créer davantage de valeur chez eux », a-t-il déclaré.

Il a donc appelé à repenser les mécanismes financiers mondiaux et à multiplier les partenariats fondés sur l’investissement productif, les infrastructures, la transformation locale et le transfert de technologies. Avec l’Asie, avec l’Europe, avec les Amériques et entre pays africains, pour l’Afrique.
Plusieurs autres dirigeants présents à l’OCS+ ont eux aussi appelé à un monde plus solidaire, plus sécurisé et plus équitable. Mais l’intervention du Président du Conseil a été particulièrement remarquée pour sa portée continentale. Elle s’inscrit dans la volonté du Togo de faire entendre l’Afrique dans les grandes enceintes de décision et de faire de la multipolarité une force au service d’un multilatéralisme rénové.
Créée pour élargir le dialogue au-delà des seuls membres de l’OCS, la plateforme OCS+ a cette année réuni à Bichkek les plus hauts responsables de l’Eurasie, ainsi que des représentants de l’Égypte, de la Turquie, de l’Azerbaïdjan, de l’Arménie, de la Mongolie, du Laos et du Vietnam. Une diversité qui illustre l’ambition de cette instance : repenser ensemble les règles d’un monde en mutation.
Rappelons qu’en prenant la parole, Faure Gnassingbé a réaffirmé une ambition : permettre à l’Afrique de devenir un acteur à part entière de la nouvelle architecture mondiale.

